Après
D'une Vie à l'Autre voici un de mes autres textes, beaucoup plus court. Jel 'ai écrit lorsque j'étais en seconde, et je n'y ai plus jamais touché ! Il doit y avoir pleins de choses à changer lol
J'espère que ça vous plaira !
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La Douleur. Elle est indéfinissable. Elle devrait parcourir tout mon être, s’être emparée de chaque fibre de mon corps, le paralyser, et le dominer complètement. Pourtant, je ne la ressens pas. Sans doute à cause de tout ce que m’ont administré les médecins. Alors, je ne la ressens plus, mais elle est là. Elle est bien présente dans ma tête. Car, physiquement, j’ai arrêté de lutter depuis longtemps, mais mon esprit persiste et se bat. Il se bat entre la souffrance et le bien être éternel. Il vit dans l’abysse entre la vie et la mort.
Je ne les vois pas, mais elles sont là. Toutes ces personnes qui tentent de me sauver la vie. Je ne les connais même pas, pourtant elles lutteront jusqu’au bout pour moi. Mais à quoi bon s’acharner face à l’inévitable ? J’arrive à peine à les entendre. Le son m’est incompréhensible. Il y a quelques minutes encore, je sentais toute la panique qui les habitait, elles bougeaient, respiraient rapidement, ne s’arrêtant pas une seule seconde. Mais maintenant, tout est redevenu calme.
L’Avenir d’une personne peut être chamboulé en à peine une fraction de seconde. Pourtant, ce que l’on ressent, pendant ce si court laps de temps, lorsque l’on entend se dire que notre vie est toute tracée et que la fin est proche et irréversible, ce moment là, paraît durer une éternité.
Eternel, ce mot ne devrait pas exister, car rien n’est éternel. Et ce n’est pas à seize ans que l’on devrait s’en rendre compte, alors que l’on croit avoir encore toute la vie devant soi, des millions de choses à découvrir et à expérimenter. Je me souviens parfaitement lorsque J’AI SU.
Oui, je me rappelle comme je me sentais bien ce fameux matin où tout a commencé. C’était un des premiers jours du printemps. Ce fut la douceur des rayons du soleil qui me réveillèrent. Ils avaient réchauffé tout mon corps, jusqu’à mon âme et m’avaient emplie d’une joie immense.
Dehors, le ciel était bleu et l’air pur. En théorie, rien n’aurait pu venir gâcher cette magnifique journée. Seulement en théorie. Mais on ne peut échapper à son Destin.
N’ayant aucune obligation, mes amies et moi avions décidé de profiter de notre temps libre. Nous étions donc sorties nous promener dans un parc que l’arrivée du beau temps rendait particulièrement magnifique. Un paradis terrestre. Tout regorgeait de vie, il me semble me souvenir de chaque parfum de fleurs, de chaque animal, ou visage humain que j’ai pu croiser. Quel bien précieux que les souvenirs !
Mon cœur battait encore normalement ce jour là. Depuis, il n’a cessé de faiblir. Et bientôt, il s’arrêtera. Bien sûr, pour chaque être humain, il s’arrête de battre un jour ou l’autre. Mais pour moi c’est différent. Il meurt tout doucement, tous les jours un peu plus, me plongeant dans une terrible torture.
Une légère douleur s’était saisie de ma tête, elle ne fut que passagère, mais elle me laissa quelque peu nauséeuse, cependant je n’y prêtai pas la moindre attention, me disant que le soleil devait y être pour quelque chose. Pourquoi n’écoutons-nous jamais les appels au secours de notre corps ? Il tente si souvent de nous prévenir de l’éminente catastrophe. Une poignée de secondes plus tard, le souffle me manquait. Je fus alors incapable de bouger, de parler, de respirer. Puis, soudainement, tout se mit à tourner autour de moi. Les couleurs se mélangèrent et tout me parut flou.
Je n’ai eu mal, mon cœur n’a eu mal, qu’un instant seulement, un très bref instant. Puis ce fut le trou noir.
Je me suis réveillée dans une chambre d’hôpital, sans doute pareille à celle dans laquelle je me trouve à présent. Un médecin était près de moi, mes parents également, fous de joie que je sorte enfin de l’inconscience. Pourtant, une larme glissa le long de la joue de ma mère. Mon père la tenait fortement contre lui, comme pour la soutenir. Pourquoi ? Je le compris quelques minutes plus tard, lorsque le docteur m’apprit que j’étais malade. Sérieusement malade. Enfin, que mon cœur l’était. Je serais incapable d’expliquer pourquoi. Lorsque j’ai appris la nouvelle, il m’a d’abord fallu un certain temps pour comprendre et réaliser. Réaliser que tout était fini. Toutes les paroles du docteur se sont mélangées dans mon esprit, et se sont brouillées. Seuls quelques mots me furent compréhensibles, et atrocement douloureux : j’étais condamnée.
Six mois, c’était tout au plus ce qu’il me restait à vivre. Pour autre chose, ça pourrait paraître long. Mais c’était court, tellement court !
Pourtant, je ne versais pas une larme. Pas une seule. On permit à mes amies de venir me voir. C’était elles qui avaient fait en sorte qu’on m’amène ici, après mon malaise. En voyant leur visage, illuminé par le fait de me voir enfin réveillée, je tentais, au prix d’un terrible effort, de leur sourire. Bien entendu, c’était un sourire sans chaleur. Je me suis demandée comment j’allais leur annoncer la mauvaise nouvelle. Quels étaient les mots justes pour ça ? Ceux du médecin ? Certainement pas, ils faisaient beaucoup trop mal. En faite, peu importaient les mots que je prononcerais, le résultat serait le même de toute façon. Les mots étaient insignifiants. Si petits, et pourtant si douloureux.
Non, je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas leur dire, pas encore. C’était trop dur. Et j’étais sûre qu’elles comprendraient ma décision, le moment venu.
Je me rappelle aussi que, en sortant de mon lit, quelques heures plus tard, et seulement accompagnée de mes parents, je fus saisie d’une puissante envie de vivre. Je voulais goûter à tout, ressentir tous les sentiments possibles et imaginables, tout voir, tout entendre. Je ne voulais pas partir sans avoir tout vécu.
Mais en quittant ce bâtiment, où la vie et la mort se côtoient continuellement, la réalité me frappa de plein fouet. Il ne me resterait jamais assez de temps pour tout faire. Il me faudrait donc sélectionner les choses les plus importantes. Mais comment les déterminer ? Pour la première fois de ma vie, je me posais cette question : qu’est ce qui comptait le plus pour moi ? Ce dont je ne pouvais me passer ? Qu’est ce qui m’était utile autant que de respirer ? Ma famille ? Certes. Mes amis ? Pas tous. En pensant à eux, je me rendis compte, tout un coup, combien finalement j’étais seule. Oui, j’avais beaucoup d’amis, mais mes vrais amis, ceux en qui je pouvais vraiment avoir confiance, ceux qui me pleureraient de toute leur âme une fois que je serai partie, ceux là, je pouvais les compter sur les doigts de ma main.
Il me vint alors l‘idée de faire le ménage dans ma vie, le grand ménage. Toutes les futilités d’une adolescente de mon âge devaient sortir de mes pensées. Je n’avais pas le temps pour cela, je ne l’avais plus.
Le soir même, je m’en souviens, il faisait particulièrement bon pour la saison. L’air était doux et reposant. Il faisait déjà nuit, pourtant j’étais dans mon jardin, allongée sur un transat baignant dans un rayon de lune, et bercée par le chant de quelques oiseaux. J’admirais le ciel. Une étendue de points lumineux, plus brillants et éblouissants les uns que les autres, entourant ce magnifique astre qu’est la lune. Je ne me lasserai jamais de ce spectacle, pourtant si anodin. Jamais le ciel étoilé ne m’avait paru aussi beau. On ne prend conscience des ces choses que trop tard malheureusement. Je me suis promis alors de le contempler chaque soir. Mais pas comme aujourd’hui, car ce soir là j’étais seule. Et le fait de pouvoir l’être les jours à venir m’était insupportable. Je ne voulais en aucun cas passer un seul instant sans la compagnie d’une personne chère à mes cotés à compter de cet instant.
J’avais cours le jour suivant. En me levant le matin, j’espérais que tout cela ne se soit jamais passé, que j’allais bien, que ce n’était qu’un horrible cauchemar. Mais lorsque je vis le regard de ma mère, remplie d’amour et de tristesse, se poser sur moi, je compris que tout était bien réel. Il me faudrait un certain temps pour l’accepter véritablement. Je restais d’ailleurs assise sur mon lit, méditant sur la situation jusqu’à ce que je me rende compte que j’allais être en retard en cours. Aller en cours, mais pourquoi faire ? A quoi me servait l’enseignement maintenant ? Je n’en avais plus besoin ! Mes projets d’études, et de travail s’envolaient en fumée. Toutes les portes de l’avenir se fermaient devant moi. On nous a répété tout au long de ces dernières années qu’il fallait se forcer à réfléchir sur le chemin que l’on voulait que notre vie prenne. J’étais persuadée que ce choix n’appartenait qu’à moi seule, que j’étais maîtresse de ma vie. Mais on avait fait le choix fait à ma place. Et c’était injuste.
Cependant c’était sûrement la seule chose à faire. Je ne pouvais pas rester enfermée dans ma chambre sans occupation pour me distraire et me changer les idées. Et j’en avais besoin ! Il fallait que je voie du monde, que je parle, que j’écoute.
Je n’ai d’ailleurs jamais autant écouté de ma vie ! Tout me paraissait important. Je buvais les paroles de tous mes amis, essayant de ne rien en perdre. Ils n’en avaient pas conscience, mais j’en profitais pour donner mes derniers conseils en tant qu’amie. D’ailleurs ces conseils me paraissaient plus réfléchis, plus sages qu’auparavant. Je prenais plus de recul, et voyais les situations de leurs problèmes différemment.
Puis le temps passa. Quelques jours, quelques semaines, et bientôt trois mois. J’en étais à la moitié de mon sursis et mes amis n’en savaient toujours rien. Ils me voyaient comme la jeune fille pleine de vie que j’étais encore avant que tout cela n’arrive. Comme ils se trompaient ! Oh bien sur, extérieurement, je n’avais pas changé. Mais intérieurement…Tout s’était écroulé.
Cependant, plus le temps passait, plus le poids de ce terrible secret me pesait. J’avais besoin d’en parler à quelqu’un. Mais à qui ? Qui « méritait » d’entendre cela ? A qui donnerais-je la lourde tâche d’expliquer ce qui m’arrivait aux autres une fois que je ne serai plus là pour le faire ? Qui serait capable de me regarder normalement lorsque je lui aurai tout dévoilé, sans pitié dans le regard ? Probablement personne. C’est pourquoi je décidais de remettre ces révélations à plus tard, bien que ce fût dangereux. Je risquais effectivement de partir avant d’avoir pu le dire à qui que ce soit.
Je passais là mon dernier été. Mes dernières vacances. Le soleil était haut dans le ciel ce jour là, il brillait beaucoup et je me baignais dans la chaleur de ses rayons. Allongée dans l’herbe, je respirais le délicieux parfum de l’air et je suivais du regard un magnifique papillon qui batifolait parmi les plus belles fleurs. Il était si beau, si petit, si fragile…Si éphémère. Etait-il seulement conscient que c’était son seul et unique jour en tant qu’être vivant ? Un instant, je me suis sentie proche de lui, comme si un lien privilégié nous unissait. Tout comme lui, je manquais de temps.
Le Temps. Y a t’il quelque chose de plus extraordinaire que le Temps ? Y a t’il aussi quelque chose de plus dangereux ? Pour chaque personne il est différent. Allié ou ennemi, on ne sait jamais dans quel camp il sera pour nous. On ne l’apprend que lorsqu’il est trop tard. Mon temps à moi s’était presque écoulé. Je ne suis, comme tout être humain d’ailleurs, qu’un simple jouet qu’il manipule à sa guise. Une petite chose insignifiante face à sa grandeur et à sa puissance. Il avance sans se soucier de personne. A toute vitesse ou terriblement lentement. Il est impossible à contrôler, impossible à comprendre. Mais je ne lui avais jamais accordé de l’importance jusqu’à maintenant. Je l’utilisais comme il venait. Du moins je le croyais. En réalité, c’est lui qui m’utilisait ! Depuis, chaque minute, chaque seconde comptait. Souvent, je regardais avancer les aiguilles de ma montre, fascinée et terrifiée à la fois. Leur tic tac résonnait dans ma tête, d’un son affreusement monotone, si bien que bientôt je refusais de regarder n’importe quel objet se rapprochant de près ou de loin au Temps. Je devais l’oublier, passer outre son pouvoir et l’emprise qu’il avait sur moi. Puisqu’il m’était compté, je ne voulais plus subir sa pression. Je voulais me délivrer de lui, être libre. Ou au moins, n’en avoir que l’impression. Car personne, je crois, n’a eu, n’a ou n’aura l’honneur de pouvoir s’affirmer libre.
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