Caleb
*Le jour du meurtre*
Caleb souffla un peu d’air chaud au creux de ses mains pour les réchauffer. Le ciel était d’un bleu parfait, mais le froid était mordant.
Il traversa alors la route qui séparait la banque de sa voiture, une magnifique Lamborghini. Une fois à l’intérieur, il prit deux minutes pour réaliser ce qu’il venait de faire. Mais il l’avait prévenue. C’est elle qui ne lui avait pas laissé le choix.
Lorsqu’il retrouva sa femme dans leur salon, elle faisait semblant de lire pour se donner une contenance. Elle essayait tant bien que mal de cacher ses tremblements. En l‘apercevant, elle bondit du canapé et lui sauta dans les bras pour l’embrasser. Comme à chaque fois qu’elle voulait quelque chose.
« Je t’attendais. Tu pourrais me passer ta carte ? J’ai envie de faire les boutiques. »
Comme une ultime tentative de persuasion, elle colla de nouveau ses lèvres sur les siennes. Un baiser rapide, et sans sentiment.
« Je n‘ai que du liquide. »
« Ca fera l’affaire. »
Elle prit son sac d’autorité et récupéra tout l’argent qui se trouvait dans le portefeuille de son mari. Une fois servie elle se dirigea tout droit vers la sortie comme si elle avait peur qu’il ne change d’avis.
« Sarah ? »
Elle s’arrêta net. Son cœur s’emballa. Elle se retourna alors pour lui faire face.
Son allure filiforme ne lui donnait pas bonne mine. Elle avait beaucoup maigri ces derniers temps, elle flottait dans presque tous ses vêtements. Elle avait simplement noué ses cheveux qui avaient perdus tout leur éclat, de même que dans ses yeux, on ne voyait plus rien, hormis ses pupilles dilatées.
« Oui ? »
« Fais attention à toi. »
La jeune femme hocha de la tête et sourit à son mari. Sourire qu’il lui rendit, et qui s’effaça aussitôt la porte refermée.
Comme il s’y attendait, Sarah ne fit jamais halte au centre commercial. Elle s’était tout de suite dirigée vers le nord de la ville. Elle avait garée sa voiture au port, et depuis Caleb la suivait le long des docks à pied. Cela faisait des mois que ça durait, et ça ne pouvait plus continuer ainsi. Elle pensait peut-être réussir à le manipuler encore quelques temps, mais il n’était pas dupe. Depuis le début il savait. Mais il lui devait de l’aider à se sortir de tout ça. C’était sa femme après tout.
Il avait déjà essayé de lui en parler, mais elle s’était refermée automatiquement sur elle-même. Si la méthode douce n’avait pas marché, alors peut être qu’il fallait employer les grands moyens. Elle ne comprendrait qu’en voyant la vérité en face.
Il n’hésita pas une seconde à la suivre lorsqu’il la vit pénétrer dans un petit entrepôt.
Il faisait très sombre et humide à l’intérieur, et il ne semblait y avoir personne. Il avança prudemment et remarqua un escalier métallique. Instinctivement il en gravit les marches et se retrouva dans la partie supérieure du bâtiment.
Plusieurs portes se présentaient à lui, et il n’aurait su laquelle choisir si un homme n’était pas sortit en trombe d’une pièce pour s’affaler dans le couloir. Il semblait mal en point. Il tremblait, lui aussi, et il ne prit même pas le temps d’attendre d’être dehors pour prendre sa dose.
Caleb eut un élan de pitié, ou de compassion, il ne savait pas trop…
Il inspira profondément, puis entra à son tour. Cette pièce là était à peine plus lumineuse que l’étage du dessous. Il remarqua quelques matelas et couvertures par terre. Comment pouvait-on vivre ici ? Ca ne ressemblait tellement pas à Sarah, comment avait-elle pu en arriver là ?
Il entendit alors sa voix résonner. Elle était là, quelques mètres plus loin. Lorsqu’il l’aperçut enfin, elle tendait une poignée de billet à un homme d’une carrure impressionnante. Il avait une certaine perversité dans son regard et dans son sourire.
Dex aimait que les gens soient sous son contrôle, son emprise totale. Surtout Sarah. Une cliente régulière depuis quelques mois.
Il lui tendit alors une seringue, et au moment où elle voulut la récupérer, il lui saisit le poignet et l’attira brusquement vers lui.
« Lâche là. »
Dex ne sembla même pas surpris de voir Caleb sortir de nulle part. Se libérant de l’emprise de son dealer, Sarah avança vers son mari, furieuse.
« Tu m’as suivi ? »
« Je crois que c’était plus que nécessaire. »
Caleb ne laissa rien paraître de la colère qui grondait en lui.
« De quel droit oses-tu ? Ce sont mes affaires, tu n’as pas à me … »
« Je t’en pris, arrête ton numéro, ça fais des mois que ça dure, des mois que je sais. »
Sarah resta interdite. Ce fut la voix grave de Dex, et sa main se posant sur son épaule qui la fit sursauter.
« Et bien Sarah, tu ramènes des gens ici et tu ne me présentes pas ? »
« C’est…C’est mon mari. »
« Ton mari ? Tiens donc. Cela dit, se faire petit rail en couple, ça peut être sympa. »
Caleb serra la mâchoire.
« Je ne suis pas là pour ça. Sarah vient maintenant, on rentre. »
N’ayant pas d’autre choix elle avança vers lui, mais Dex l’agrippa.
« Et si je n’ai pas envie que Sarah rentre ? »
Puis, tout se passa très rapidement. Les nerfs de Caleb lâchèrent lorsqu’il vit cet homme embrasser Sarah et la repousser violemment à terre. Il fonça sur lui tête baissée et réussit à lui asséner quelques coups. C’est ce moment là que Dex choisit pour sortir son Smith&Wesson et le pointer vers Caleb qui évita de justesse la première balle.
Sarah hurla.
De nouveau, Caleb se rua sur Dex, tentant vainement de lui reprendre l’arme. Le coup partit tout seul. Il avait pressé la gâchette sans même s’en rendre compte.
Il eut le temps de voir le corps de Sarah tomber lourdement au sol avant de sombrer dans l’inconscience, assommé par Dex.
***
Caleb et Ariel
*Aujourd’hui*
« Que s’est-il passé ensuite ? »
Caleb s’enfonça un peu plus dans le fauteuil, visiblement mal à l’aise de revivre ce moment.
« Quand je me suis réveillé, le corps de Sarah avait disparu, il ne restait…Il ne restait qu’une énorme tâche de sang… Je venais de tuer ma femme. Je suis resté là, incapable de bouger ou de faire quoi que se soit. J’étais pétrifié. Puis des policiers sont arrivés, et je me suis fais embarquer.»
« Pourquoi n’avoir pas dis que c’était un accident ? »
« Les analyses ont révélé que c’était bien le sang de Sarah. Dex s’était enfuis, il ne restait que moi. Les gens comme lui ont le bras long, c’était peine perdue. Et puis, c’est moi qui aie tiré, c’est moi qui l’aie tuée. .. »
Ses yeux se mirent à briller à l’évocation de ce souvenir encore trop douloureux.
« C’était ma femme, et je l’aimais. Plus par habitude qu’autre chose. J’avais cette impression de devoir la protéger. J’ai lamentablement échoué. »
« Vous ne pouviez pas savoir. »
« Mais si, je savais. Ca faisait des mois que je savais qu’elle se droguait. Mais j’avais pas le courage de…J’avais peur que tout vol en éclat. Elle devait probablement coucher avec lui uniquement pour qu’il la fournisse en je-ne-sais-quoi…Et ce n‘est même pas ça qui me faisait le plus de mal. »
Ariel posa doucement sa main sur son épaule, en guise de réconfort.
« Qu’est-ce que c’était alors ? »
« Je me sentais coupable. Coupable d’être celui à cause de qui elle a sombré. »
Certes, il n’avait pas toujours été un sain, et leur couple avait connu beaucoup de turbulences. Mais le fond du problème, il le connaissait bien.
C’était l’argent.
Son argent.
A lui.
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